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COVID-19 / AFRIQUE CENTRALE :  LA PROTECTION DU PERSONNEL SOIGNANT DOIT ÊTRE UNE PRIORITÉ

COVID-19 / AFRIQUE CENTRALE : LA PROTECTION DU PERSONNEL SOIGNANT DOIT ÊTRE UNE PRIORITÉ

L’évolution et la gestion de la pandémie du COVID-19 en Asie et en Occident a plus que jamais révélé le rôle prépondérant joué par le personnel de santé ainsi que le prix qu’il pourrait payer en l’absence de mesures de protection adaptées. En Italie jusqu’au 5 Avril 2020, il était estimé qu’environ 12,252 personnels de santé ont été testé positifs au COVID-19 représentant ainsi 10% des cas totaux enregistrés dans le pays.

 

Les insuffisances de la riposte Occidentale

Parmi ceux-ci un minimum de 80 médecins et 25 infirmiers ont trouvé la mort (1). En Espagne le nombre de personnel de santé infecté représentait 14% (5400 cas sur 40000) du nombre total de personnes infectés (2). L’exemple de ces pays est retenu dans cet article car sur le continent Européen leur systèmes de santé publique ont le moins bien répondu à la pression exercée par la pandémie du COVID-19 et pourrait présenter des similarités avec ceux des pays d’Afrique Centrale.

En effet comme indiqué par des médecins Italiens dans un article récent, la réponse aux COVID-19 a été marqué par une capacité limitée à réaliser des campagnes de dépistages, une quantité insuffisante d’équipement de protection adaptée pour le personnel soignant ainsi qu’une capacité d’accueil limitée des patients parfois hospitalisés dans les couloirs des hôpitaux (1).

Au déficit en nombre de soignants on ne peut tolérer un risque d’exposition au COVID19

Cette description peut à juste titre nous faire penser à la situation que pourrait traverser les pays d’Afrique Centrale et devrait servir de plaidoyer pour inciter à la mise en place de mesures de protections efficaces pour le personnel soignant. D’après l’OMS l’Afrique sub-Saharienne compterait une moyenne de 22.8 personnel de santé (toutes catégories confondues) pour 10 000 habitants et un ratio de 1 médecin pour 5000 habitants (3).

Pour mettre ces chiffres en perspectives ceci représenterait 26 fois moins de médecins par habitant qu’en Espagne (4). Il est également estimé par l’OMS que le déficit en personnel de santé serait de l’ordre de 1,8 millions en Afrique sub-Saharienne représentant 25% du déficit global en 2013 et ce déficit est prévue augmenter à 4,3 millions en 2035 (représentant alors 34% du déficit global). Dans une telle situation le décès d’un seul médecin, infirmier ou autres personnels de santé serait une perte de trop dont les conséquences pourraient retentir aussi bien sur le système de santé publique déjà fragile que les économies considérablement affaiblies par la crise sanitaire que nous traversons.

Contamination des soignants : le serpent qui se mord la queue.

Sur un autre plan une protection inadéquate du personnel de santé pourrait contribuer à entretenir des foyers de transmission d’abord hospitaliers puis communautaires. Il est en effet connu qu’en situation d’épidémie le milieu hospitalier peut avoir un effet amplificateur de la transmission de l’infection contribuant par la suite à la surcharge du système de santé publique. Plus qu’une mesure corporatiste il apparait donc clairement que la protection des médecins, infirmiers, laborantins et autres agents de santé est une priorité qui devrait être associé aux mesures de confinement et de distanciation sociale en cours.

Absence et/ou faible mise en œuvre de procédures standardisées pour réduire les risques.

Il est toutefois à craindre que cette dimension de la riposte contre le COVID-19 ne soit pas encore totalement intégrée comme le ferait penser la situation observée dans certains pays. Au Gabon par exemple sur un total de 87 cas enregistrés à la date du 17 Avril 2020, 34 appartenaient au corps soignant représentant ainsi 39% des cas.

Au Cameroun le nombre d’agents de santé testés positif au COVID-19 était estimé à 25 sur un total de 1163 cas positifs (rapport de situation N°19). Ceci pourrait s’expliquer par le fait que les procédures opératoires standardisées destinées à limiter la propagation de l’infection à l’intérieur des structures hospitalières tardent à être développé ou si elles le sont ont du mal à être communiqués aux agents de santé ou à être implémentés après formation adéquate. De plus l’accès aux équipements de protection représente dans la plupart des cas une difficulté à surmonter et le dépistage du personnel soignant tarde à décoller.

L’OMS préconise pourtant de nombreuses actions de protection accessibles en Afrique

De nombreuses lignes directrices et prise de position ont été développé par l’OMS afin de guider les pays membres et les aider à mettre en place des mesures adéquates de protection du personnel de santé. En Mars 2020 l’OMS indiquait déjà les droits du personnel de santé dans le contexte du COVID-19 (5).

En l’occurrence le droit d’exiger de l’équipe dirigeante des structures de santé la création d’un cadre de travail sécurisé, la mise à disposition d’équipement de protection individuelle adéquat ainsi que le droit à se soustraire de toute situation professionnelle qui selon un jugement objectif pourrait constituer un danger imminent pour leur vie ou leur santé (Box 1). Quoique nécessaire les mesures de protection individuelles ne peuvent pas à elles seules endiguer la transmission du COVID-19 à l’intérieur des structures de santé. En effet selon l’OMS le bénéfice des mesures de protection individuelles dans le contexte du COVID-19 bien que indispensable serait grandement limité en l’absence de mesures de contrôle administratives et environnementales (6).

Ces dernières concernent par exemple la mise en place de procédures opératoires standardisée pour l’accueil, le triage et la gestion des patients ou encore l’utilisation de chambre d’hospitalisation avec système d’aération adéquat (Box 2).

A ce jour aucun pays d’Afrique centrale ne dispose d’usine de fabrication de masques de protection adéquat ceux-ci étant fourni pour la plupart par les usines asiatiques. La dépendance des pays développés à ces mêmes usines a créé une course aux équipements de protection individuelles qui entre autres raisons a conduit à une pénurie des masques, gants et autres équipements.

Il est ainsi à craindre qu’en dépit des efforts consentis par les gouvernements de nos pays cette pénurie se fasse ressentir de façon particulière. En pareille situation il est impératif comme indiqué par l’OMS de privilégier l’approvisionnement du personnel de santé en équipement de protection individuelle. De plus il est davantage urgent de mettre en place des mesures administratives et environnementales de contrôle du COVID-19 et de s’assurer que le personnel de santé soit informé et former aux différentes procédures opératoires standardisées qui en découleront. 

 

Par  Les médecins du gabao  

 

 

 

 

 

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