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CCF : LES ENJEUX POLITIQUES D’UNE DÉCISION PRÉSENTÉE COMME STRATÉGIQUE

CCF : LES ENJEUX POLITIQUES D’UNE DÉCISION PRÉSENTÉE COMME STRATÉGIQUE

Le Gabon ambitionne à l’horizon 2022, de certifier l’ensemble de ses concessions forestières à la norme FSC. Cette ambition cache cependant des enjeux politiques certains de reprise en main des concessions forestières privées au profit d’autres ambitions.

Le Gabon a officiellement enclenché son processus de certification de ses concessions forestières il y a quelques années. Une quarantaine de concessions actives sont visées par cette volonté de transition durable, qui matérialise le vœu du Président de la République, Ali Bongo Ondimba de clôturer ce processus dès 2022. C’est au FSC, connu pour ses pratiques en matière de « bonne gestion forestière » que la tâche a été confiée. Sa démarche devra permettre aux entreprises forestières nationales d’être en phase avec les objectifs des marchés écologiques sensibles, afin de mieux permettre aux entreprises locales d’écouler plus facilement leur bois et produits dérivés.

Certes, la certification forestière est un instrument volontaire, fondé sur la disposition des consommateurs à payer plus cher un bois légal et issu d’une exploitation « durable » de la forêt, mais au Gabon, elle s’attaque, ipso facto, à tous les opérateurs de la foresterie. D’ailleurs, pour le président de la République, il est question d’être en phase avec les objectifs nationaux de conservation de l’environnement, matérialisés en 2010 par des restrictions autour de l’exportation de grumes. Ce processus de certification s’apparente à la seconde étape de la vision d’Ali Bongo Ondimba.

Pour ce faire, depuis 2014, un groupe indépendant d’élaboration de la norme nationale FSC (GEN) a été mis en place sous le contrôle du ministère des eaux et forêts en collaboration avec le FSC. « La mise en place de cette norme nationale repose sur la définition, par les différentes parties prenantes de la gestion de la forêt au Gabon, d’indicateurs adaptées au contexte local », précisait le label FSC dans un communiqué à l’occasion de la réunion du Forum consultatif public en octobre 2019.

L’adhésion des entreprises forestières à ce processus est assortie d’une contrepartie financière qui ne garantit pas toujours une récupération sur les prix de vente du bois. Cela explique qu’on dénombre à ce jour  seulement trois sociétés certifiées : CEB Precious woods, CBG, Rougier Gabon. Or, cette transition est obligatoire au Gabon. « L’obligation de certification va, à son tour, conduire une nouvelle phase de concentration au profit d’un nombre restreint de grandes entreprises », fait constater Alain Karsenty, Spécialiste des forêts, économiste et chercheur au CIRAD. Les exploitants forestiers privés devraient être impactés face à la contrainte financière. « Il est probable que nombre d’entre elles ne voudront ou ne pourrons absorber les coûts de la certification sans être en mesure de les répercuter sur les prix de vente du bois. Leur départ est donc pratiquement acquis », prévient le spécialiste.

L’abandon probable des permis par des opérateurs forestiers qui ne pourront et/ou ne souhaiterons pas se certifier libèrera des concessions forestières au profit d’une extension des aires protégées à l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) ou au développement du palmier à huile, culture stratégique pour le tout puissant groupe singapourien Olam au Gabon. Avec une emprise certaine dans la gouvernance gabonaise, le groupe Olam, par l’intermédiaire de sa filiale Gabon special economic zone (GSEZ) est actuellement l’une des rares multinationales influente au Gabon.

Une position qu’elle tient de son partenariat avec l’Etat gabonais pour le développement de nombreux projets dans des secteurs variés de l’économie gabonaise dont celui de l’agriculture. Les lendemains nous dirons ce qu’il sera réellement de ce processus.

 

Source : La Lettre Verte

 

 

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