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LIBRE PROPOS : COVID-19 / A QUAND L’ATTENTION SUR LES PROBLÈMES DE FOND ?

LIBRE PROPOS : COVID-19 / A QUAND L’ATTENTION SUR LES PROBLÈMES DE FOND ?

J’ai assisté avec surprise à la diabolisation du Ministre des Solidarités Nationales. Et durant plusieurs semaines, pourfendeurs Mme Prisca KOHO-NLEND ont focalisé l’attention sur les Kits alimentaires, les bons d’achats.

Même là, je m’attendais à ce que les questions profondes soient abordées. Comme par exemple, en confiant la mission et annonçant 60 000 foyers à impactés, le Gouvernement avaient-ils les chiffres exacts, les moyens humains de mener une opération éclaire, les donations prêtes.

En allant au fond de ces questions, ceux qui recherchent la vérité sur les faits auraient plutôt compris que le Ministère des Solidarités s’est tiré plutôt avec succès. Pas de cartographie exact des quartiers sous-intégrés, habitat précaires où deux à trois familles peuvent co-habiter dans une maison en planches, pistes entre maisons difficiles d’accès pour les distributeurs, comportement tantôt agressifs des populations dans certains quartiers… Nombre des Gabonais ou ménages Economiquement Faibles pas du tout connu. Les avertis le savent : le fichier CNAMGS n’est pas exploitable, les familles précaires étant mobiles dans les quartiers, difficile de dire qui habite où et en quel nombre.

De plus, au regard des bons réellement mis à disposition dudit ministère car il n’échappe à personne que les questions financières, les arrangements avec le Groupe Ceca-Gadis dépendent plus des autres ministères. Bref, par solidarité Gouvernementale, le Ministre KOHO-NLEND s’est plutôt tue, prenant les coups qui devraient en principe échoir à d’autres ministres et au Copil. C’est donc dans cafouillage fait d’absence de statistiques et d’urbanité qu’elle s’est jetée avec courage. Passons à l’essentiel qui est éluder.

LE FOND DU COVID-19 ; POURQUOI PLUS DE 500 CAS ?

La nourriture parvenue à qui de droit, si l’on s’en tient aux statistiques réalisées par rapport aux prévisions initiales, il reste les questions de fond. LA PANDEMIE a deux volets redoutables : la santé et l’économie.

Au sujet du VOLET SANTE, l’intelligentsia gabonais devrait plutôt aiguillonner l’opinion nationale sur les trois dimensions du volet santé à maitriser impérativement :

(1) – les quatre lignes à développer pour limiter la propagation communautaire de la maladie? Cela n’a pas été fait.

(2) les quatre mesures urgentes à prendre (Détection urgente, reporting médical rapide, isolation rapide du patient, traitement rapide. Les résultats des tests sont proclamés en différés, ce qui laisse le temps au porteur asymptomatique de contaminer d’autres personnes.

Toujours au plan médical, il y aura fallu ensuite ;

(3) les deux engagements forts de la communauté (contrôle de soi-même et discipline personnel d’abord, et ensuite, l’éducation à l’hygiène et à la désinfection des espaces publics – dans les entreprises, administrations, transports publics.

Voilà ce qui devrait être fait en matière de santé.

Ensuite, il y a la dimension économique.

D’abord la circulation des denrées sur l’ensemble du territoire national par les commerçants n’a pas été pensée. La délivrance lente des autorisations de circuler à générer des pénuries dans les localités de l’intérieur du pays.

De plus, avant le Covid-19, le Gabon était déjà au rouge, malgré les frémissements observés dans quelques secteurs. Le Covid-19 devrait accentuer cette crise. Le directeur général de l’Economie évalue à 700 milliards les pertes au budget de l’Etat. Les répercussions devraient continuer à se faire ressentir sur l’économie plusieurs mois, plusieurs années après.

Par exemple, les lacunes occasionnées par le Covid-19 en 2020 sur la cohorte des enfants actuellement en formation, devraient se faire ressentir entre 2030 et 2045 car le délais d’action de l’instrument capital humain ou ressources humaines est de 10 à 25 ans, parfois 30 ans. C’est dire que si on ne prend garde en 2045, le Gabon sera en difficultés face à la concurrence des autres pays au capital humain plus aguerri car la plupart des apprenants actuels seront aux commandes des administrations et grandes entreprises. C’est aussi l’année où l’Afrique est supposée devenir l’épicentre de l’économie mondiale.

Mais avant 2040, il faut résoudre le manque de recettes fiscales nécessaires aux salaires des fonctionnaires et agents publics de l’Etat au dernier trimestre 2020, et en début d’années 2021. Il faut relancer au plus vite la machine productive afin d’éviter que l’économie ne rentre dans un cercle vicieux. Avec quelles compétences et quelles entreprises? Avec quelles ressources ?

Penser que le Covid-19 c’est la bouffe d’abord, et l’invective sur un ministre, c’est courir le risque d’éluder les problèmes, les vrais qui menacent la République gabonaise.

 

Innocent Mbadouma

Journaliste Economiste à L’union

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